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  • La chronique du prof : les pourvoyeurs de bonne humeur.

    Témoignage de Jean-Baptiste Veber, professeur d’histoire au collège, sur ces élèves dont les qualités et compétences ne sont pas assez valorisées par l’école.

    Je disais aujourd’hui à une dame que l’Education Nationale, c’est un peu comme une armée, au sens napoléonien du terme : uniformité, discipline, tolérance presque zéro, exception faite des individualités qui sont capables d’abattre le travail tactique d’un bataillon.

    Les Napoléons et avatars en somme.

    La métaphore militaire veut servir à déplorer la rigidité de fonctionnement d’une salle de classe. Elle ne résulte pas des bonnes volontés que tout un chacun essaye de réunir dans le moment d’alchimie que peut représenter une heure de cours. Elle provient de structures, d’habitudes, d’inquiétudes socio-existentielles, extérieures au projet scolaire et qui empêchent celui-ci de délier ses cadres spatiaux et temporels. D’y apporter de la créativité, de la passion, une vision de l’existence. Pour chacun, par chacun.

    Impossible n’est pas français et on peut changer parfois, quand l’énergie et la volonté encore disponibles le permettent, cette fatalité d’une organisation tendant à l’enrégimentement de toute une génération, en vue de l’acquisition d’un bagage culturel et scientifique commun.

    On peut la changer, cette organisation, en se multipliant. A moins que de bons petits génies, parmi les collègues encadrants, se multiplient dans votre classe.

    On peut la changer en multipliant la présence des adultes, en tant que pédagogues, au sens de guides – guider les élèves dans la tâche qu’ils sont en train d’accomplir, qu’ils se sont, pourquoi pas, assignés eux-mêmes, si vous avez réussi à proposer un projet porteur, père de l’autonomie et du dynamisme au travail.

    Quand on y arrive, à ce déliement, ce n’est plus la vision d’une armée qui nous assaille, c’est celle d’une cuisine de chef étoilé, avec une armée (!) de commis s’affairant chacun à une tâche différente, sur des plans de travail jonchés d’idées, de feuilles et découpages illustratifs, plus ou moins colorés, plus ou moins littéraires, plus ou moins honnêtes intellectuellement – selon que vous leur avez fourni des directives et des produits de plus ou moins grande qualité.

    Le contenu importe peu, la matière peut être infiniment variée, c’est la manière de la cuisiner qui change, la recette que vous soufflerez aux oreilles de vos apprentis, par parties seulement, pour ne pas les déborder – mais aussi garder la haute main sur l’ensemble, éviter qu’un Napoléon n’apparaisse trop tôt parmi vous.

    La recette et sa transmission doivent être rigoureuses, tout en ménageant à chacun un espace de liberté, dans la manière de tourner telle notice, de compoter telle intro, de lisser telle anecdote, pour apprendre aux élèves à être ce que vous souhaitez qu’ils soient, non à avoir un pavé de connaissances dans la mare de leur intelligence encore extinguible.

    Dans toute recette, il y a les bases, les nouveautés, les façons traditionnelles, les innovations techniques, le goût et la couleur, qui donnent ensemble du plaisir au sens, de l’envie au cerveau, de poursuivre sur la voie de la curiosité et de l’apprentissage… Mais il y a aussi ce petit élément ineffable, indéfinissable, pour le cuistot comme le goûteur, qu’on peut qualifier de « piquant ».

    C’est mettre sous un même chapô une acception bien différente de ce que doit être le piquant, selon la recette, variant du feu de dieu pour quelque plat relevé, à une touche d’amertume à peine perceptible pour un plat suave. Il n’en reste pas moins que sans ce « piquant », toute recette devient fade, qu’on ne peut plus parler, alors, de cuisine, mais seulement d’alimentation. Vous me direz, certains sont déjà bien contents de pouvoir s’alimenter. Pareil pour l’éducation.

    Où veux-je en venir avec ce terme, quand on sait que je ne suis pas cuistot mais professeur ? Je veux parler de ces élèves qui ne sont pas présents en classe pour travailler mais, comme le dit l’expression consacrée, pour « amuser la galerie ». Une compétence en soi. Pas assez valorisée. Et sur laquelle, vous devrez apprendre à vous appuyer, car après tout, c’est bien cela qui fait la vitalité de votre enseignement, la capacité à transmettre à tout et tout le monde, dans une atmosphère propice à la bonne humeur, car comme chacun sait depuis quelques temps maintenant, c’est le meilleur moyen de donner le goût de l’apprentissage. Aimer les choses, c’est vouloir apprendre à les connaître. Hommage et contrition donc, envers ces pourvoyeurs de bonne humeur, qui nous aident bien alors qu’en retour, ils obtiennent souvent un nombre exagéré et inutile d’heures de colles.

    Article rédigé par Jean-Baptiste Veber.

    Crédit image : Icon made by Freepik from www.flaticon.com

    Retrouver « la chronique du prof » et plus sur le blog de Jean-Baptiste Weber :

    http://leonbellevalle.blog.lemonde.fr

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  • Sommeil et apprentissages à l’adolescence.


    Quelques chiffres :

    Près de 30% des jeunes de 15-19 ans manqueraient de sommeil et 25% des adolescents dormiraient moins de 7 heures par nuit*.  Or il est recommandé à cet âge de dormir 9 heures par nuit.  Le déficit de sommeil se manifeste par une somnolence diurne, une irritabilité, des troubles de l’attention et par une baisse des performances scolaires.  Le manque de sommeil peut également induire une prise de poids et engendre un risque accru d’infections lié à une baisse des défenses immunitaires.

    *enquêtes de l’INPES et le Baromêtre santé jeunes 2010

    Sommeil chez l’adolescent :

    Le retard de phase, ou désynchronisation de l’horloge interne est fréquent à l’adolescence: le jeune se couche de plus en plus tard.  Il affecte 7 à 16% des adolescents alors que ce trouble est rare en population générale (0,13%).  Ceci se traduit par un retard de sécrétion de la mélatonine, hormone de la régulation du cycle veille sommeil dont la concentration est corrélée à l’endormissement.

    Chez la majorité des adolescents, la mélatonine augmente à partir de minuit et diminue à partir de 5 heures (alors que chez l’adulte, elle augmente à partir de 21 heures et diminue à partir de 3 heures).  De fait, l’adolescent a plus de mal à se réveiller le matin.

    Parceque l’élève doit tout de même se lever tôt pour se rendre en cours, une dette de sommeil s’accumule.  Ainsi, les veilles de jours d’école, les adolescents de 15 ans dorment environ 1h30 de moins que les enfants de 11 ans.

    Sommeil et apprentissages : 

    Le sommeil permet d’éliminer les toxines cérébrales accumulées dans la journée, de renforcer la mémorisation des leçons apprises dans la journée, et de se débarasser des informations inutiles accumulées (élagage synaptique: les synapses ou connexions nerveuses inutiles sont éliminées).

    Des études ont montré que le fait de faire une courte sieste après une séance d’apprentissage augmente la mémorisation des informations apprises de 30% !

    Conseils pour un bon sommeil :

    • Se coucher et se lever à heure fixe.
    • Favoriser un environnement propice au sommeil: environnement calme, sombre à bonne température (autour de 20 degrés).
    • Privilégier l’exercice physique en début de journée.  A éviter en fin de journée ou soirée car le sport entraîne une sécrétion d’adrénaline qui peut compromettre l’endormissement.
    • Proscrire les écrans à partir de 21 heures dont la lumière bleue empêche la sécrétion de mélatonine et donc l’endormissement.  Préférer la lecture.
    • Bien évidemment, pas de caféine, coca en soirée!
    • Tenir un agenda du sommeil pour connaître ses besoins physiologiques de sommeil: noter chaque jour l’heure de coucher, d’endormissement et de réveil spontané.  A effectuer en dehors des contraintes scolaires (week-ends ou vacances).

     

    Article rédigé par Camille Benoit.

    Crédit image : Icon made by Freepik from www.flaticon.com

    Pour aller plus loin :

    Björn Rasch, Jan Born, About sleep’s role in memory, in Physiol Rev. 2013.
    INSERM, dossier Sommeil et ses troubles. internet data .

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  • Cerveau, lecture et dyslexie.

    La lecture fait appel à deux voies: la voie d’assemblage et la voie d’adressage.  Quand les réseaux neuronaux impliqués ne fonctionnent pas normalement, alors l’élève présente une dyslexie : la lecture est lente et peu fluide.  Mais d’autres réseaux neuronaux peuvent être sollicités pour compenser ce trouble.

    Mieux connaître le fonctionnement du cerveau permet de proposer des outils d’apprentissage plus adaptés et de proposer des solutions de compensation pour les élèves en difficulté.

    Vidéo réalisée par Camille Benoit.

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  • La procrastination.

    La procrastination, c’est l’art de remettre les choses au lendemain….

    Pourquoi le cerveau procrastine ?  Comment dépasser la procrastination ?

    Quelques réponses dans cette vidéo.

    Vidéo réalisée par Camille Benoit.

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  • Estime de soi et TDA/H.

    L’élève TDA/H (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité)

    Il est frappant de constater à quel point l’estime de soi est rapidement fragilisée chez l’élève TDAH. Alors même que son entourage ne le réalise pas encore, il exprime parfois très tôt un sentiment de mauvaise estime de soi en disant « je ne suis pas comme les autres », « il y a quelque chose de différent chez moi », « je ne sais que faire des bêtises »…

    Très souvent, cette mauvaise image de soi est présente dès la petite enfance, vers l’âge de 5 à 6 ans, l’enfant perçoit alors, avec une grande acuité, qu’il ne parvient pas toujours à suivre les consignes comme les autres. Des tâches pourtant simples, et il le sait, qu’il ne peut mener à leur terme, car son attention a été happée par autre chose, parce qu’il fait les choses trop vite, ou parce qu’il n’a tout simplement pas « entendu » la consigne.

    L’estime de soi :

    L’estime de soi se construit tout au long de la vie, c’est-à-dire qu’elle se développe progressivement pendant l’enfance, puis continue d’évoluer dans les âges les plus avancés. Dans le berceau, elle dépend de la capacité des parents à répondre aux attentes du nourrisson, de leur réponse face à cet être qui ne sait s’exprimer que par des pleurs. S’ils s’occupent de lui, avec plaisir, ou du moins sans trop rechigner, alors le nourrisson commence à intégrer une bonne image. En effet, cette image se construit à travers le regard de l’autre, la façon qu’à l’autre de nous percevoir ; les parents sont donc le premier vecteur de l’image de soi que va se construire l’enfant. Le deuxième vecteur qui participe à l’image de soi est la société, le regard qu’elle porte sur l’enfant chez qui elle est en train de se développer.

    De nos jours, la société accorde une place considérable à la réussite sociale et à la réussite scolaire, à laquelle elle semble intimement liée. Dans les cours de récréation de certains collèges, pour être intégré dans le groupe des enfants dits « populaires », les critères sont parfois surprenants : lieu de domiciliation, taille de l’appartement, revenu des parents… Cet être en développement est ainsi plongé dans une société qui valorise un aspect de sa vie future, au détriment des autres. L’exemple le plus frappant est la course aux mentions, au bon classement, auxquelles se prêtent de nombreux établissements scolaires ; certains lycées ont parfois un an d’avance sur le programme scolaire. Dans certaines petites écoles, on doit apprendre à lire dès l’âge de 4-5 ans et savoir additionner et multiplier à 6 ans…

    Cette course se fait, malheureusement, dans l’ignorance des modalités du développement cognitif de l’enfant et se retrouve alors favorisée une petite proportion de la population ; soit qu’elle est constituée d’enfants dits « intelligents », soit d’enfants soutenus au maximum à renforts de cours particuliers et devoirs longs et pénibles. La génération qui a connu les grandes guerres du siècle passé à travailler sans se poser de questions, la suivante lui a emboité le pas et a valorisé le travail. La génération suivante, celle que l’on appelle génération Y, a cherché, elle, un équilibre entre la vie professionnelle et la vie de famille. La génération Z, à qui on a tenté de bourrer le crâne, pose maintenant des difficultés dans le monde professionnel, car elle veut, tout simplement, « vivre ».

    Estime de soi et TDA/H :

    L’élève TDAH, ainsi plongé dans une société qui fait la course aux apprentissages, au lieu de lui apprendre à s’adapter, construit son image de soi au travers de deux principaux regards : celui de ses parents et celui de la société, au passage de la réussite scolaire.

    Les parents d’un élève TDAH sentent cette différence, sans toujours pouvoir poser un nom sur ce qui fait que leur enfant est très (trop) vif, qu’il ne respecte pas les consignes, qu’il intervient dans toutes les conversations, qu’il parle en permanence, qu’il semble très sensible, réactif aux événements.. Cette différence est alors plus ou moins bien tolérée, les premiers écueils de la vie d’un enfant hyperactif commencent dès le plus jeune âge. La fatigue des parents est souvent visible, à travers des remarques qui ne se veulent pas méchantes « tu nous saoules… », les remontrances sont fréquentes chez cet enfant qui semble être de tous les mauvais coups possibles. La fratrie ou les amis participent aux premières atteintes à l’estime de soi, sans le vouloir « tu me fatigues avec toutes tes histoires… ». On demande à cet enfant de ne pas se lever 10 fois de table et on ne comprend pas qu’il n’intègre pas une consigne simple, pourtant répétée des centaines de fois. Cet enfant fait l’objet de plus nombreuses remarques négatives et est plus souvent puni.

    À l’école, il constate qu’il est à la traîne, ou fait trop vite son travail dont on dit alors qu’il est bâclé ; il ne respecte pas toujours les consignes, répond à côté ou ne répond pas lorsqu’il a peur de se tromper ou ne parvient pas à se représenter ce que l’on attend de lui. Ses résultats scolaires reflètent le fonctionnement de son attention : ils sont variables et on dit souvent qu’il est capable du meilleur comme du pire. Les parents jouent le jeu de la société, sans le vouloir, ou sans s’en rendre compte. Ils valorisent les bonnes notes et passent aux oubliettes les mauvaises quand ils ne réprimandent pas l’élève TDAH avec qui ils ont passé du temps à travailler ; oubliant de valoriser le seul élément important : les efforts qu’il a faits.

    Rôle des parents, de l’enseignant :

    L’entourage doit s’efforcer d’aider l’enfant TDAH à développer une bonne image de soi, en valorisant chacun de ses efforts, en l’aidant à développer son potentiel dans quelque sphère que ce soit.

    Il est primordial, pour ces élèves, mais aussi pour les autres, d’aller à contre-courant d’une société qui leur bourre le crâne sans se soucier de leur apprendre à s’adapter dans un monde qui change bien plus rapidement qu’auparavant. Les parents doivent freiner cette course aux apprentissages et apprendre à respecter le rythme de l’enfant, l’aider à s’adapter, lui apprendre à développer d’autres talents que les seuls scolaires, à trouver un équilibre.

    Parents, ne vous y trompez pas : sans vous en rendre compte vous ne nagez pas assez vite à contre-courant. Combien de mères s’extasient dans les réseaux sociaux que leur enfant marche à neuf mois, qu’il dise ses premiers mots à treize et parfois qu’il soit inadapté à l’école, car c’est « surement un précoce… » ?

    Règles d’une bonne estime de soi chez l’élève TDA/H :

    1. Apprendre à respecter son rythme.
    2. Valoriser ses efforts et non sa « réussite » ; en ayant en tête que l’école ne sait pas les évaluer correctement en rapport à leurs connaissances.
    3. Respecter son agitation.
    4. Valoriser et aider à développer ses points forts, ses aptitudes scolaires et bien entendu extrascolaires.
    5. Oublier qu’il réussira mieux dans la vie en faisant une section générale plutôt qu’une autre : on vous a menti…

    Article rédigé par Louis Vera.

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